New York je t’aime, moi non plus

image New York n’est pas une ville sophistiquée. C’est une adolescente mythomane un peu rustre qui a grandi trop vite dans un climat trop rude, en se rêvant plus belle que ses aînées européennes.

New York n’a pas la digne décrépitude d’une ville aux dômes antiques, ou l’on chemine à petits pas entre des pierres usées et polies indifférentes au passage des siècles. D’ailleurs, ici, les femmes, peau tirée et lèvres gonflées, refusent les outrages du temps jusqu’à devenir des mutantes.

New York n’a pas les dentelles et les artifices d’une catin d’Ancien Régime. Ses dessous de grisette sont noirs et humides, grouillants et étouffants, labourés par des trains d’enfer et des foules pressées.
Ses fils électriques pendouillent aux façades. Son bitume se crevasse sous le gel et fond sous la canicule. Ses piétons ne prennent même pas la peine de décoller les étiquettes aux semelles de leurs chaussures neuves. Ils arpentent ses avenues un gobelet de café à la main et avalent des tranches de pizza à 1 dollar sur les trottoirs, en oubliant souvent de lever les yeux vers le ciel.

image

New York est une ville anguleuse, corsetée de poutrelles métalliques, qui roule des mécaniques juchée sur des talons vertigineux.

New York est une ville de porteurs et de débardeurs qui sent la sueur, la friture et la testostérone. New York est une drag-queen défoncée et solitaire qui claque son fric outrageusement.

New York est un fantasme de milliardaires, construite par des crève-la-faim du monde entier. New York est un prêteur sur gages. Un dealer qui entretient la dépendance et vous laisse accro et toujours marginal.

New York est une allumeuse qui monte avec n’importe quel étranger et lui fait croire que tout est possible. New York est une forte en gueule, braillarde et stridente qui s’alanguit parfois dans la moiteur et la nostalgie de millions de déracinés.

New York a la photogénie d’une star de cinéma égocentrique qui vous piège à son propre désir.

The following two tabs change content below.
Blogue-trotteuse de langue française basée à New-York, son blogue Excuse my French croque le 'rêve américain' - et quelques autres choses - avec de vrais morceaux de tranches de vie, un peu de mauvaise foi et quelques parti-pris !

3 commentaires sur “New York je t’aime, moi non plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *