De Harlem à la bataille de la Marne


Ils s’appelaient entre eux les hommes de  bronze: durant la guerre de 14-18, le 369e régiment d’infanterie de New York, surnommé les Harlem Hellfighters, fut la première unité de soldats noirs américains à combattre…dans les rangs français et à populariser le jazz en Europe.

Elle fut longue et douloureuse : la guerre de 14-18, appelée aussi la Grande Guerre, mais qu’on peut plus justement qualifier de première boucherie industrielle du XX e siècle, a fait plus de 9 millions de soldats tués et autant de civils, des Dardanelles à Verdun. Voilà pour le rappel d’un bilan effroyable, à l’heure où l’on commémore son centenaire, tout en ayant à peu près tout oublié de l’enchainement de ses causes et de ses conséquences. Quelle connerie la guerre!  disait en son temps le poète Jacques Prévert…

Lorsque les Etats-Unis s’engagent dans la guerre en 1917, les Harlem Hellfighters sont la première unité de soldats noirs américains à débarquer à Brest pour être déployée sur le terrain. Constitué en 1916, le régiment a aussi pour vocation d’animer une fanfare militaire, avec des recrues comme le déjà célèbre musicien de jazz James Reese Europe, à la tête de son orchestre Clef Club, le violoniste Noble Sissle, ou encore Herb Flemming au trombone et Russell Smith à la trompette, qui font swinguer les marches militaires et initieront les Européens au ragtime et au fox-trot.

En dépit de leur entrainement militaire, les 2000 soldats du 369 e régiment sont affectés à des travaux d’intendance ou de construction plutôt qu’au combat, en raison de la politique de ségrégation raciale aux Etats-Unis et dans l’armée américaine.

Fait unique dans l’histoire de l’armée américaine, en avril 1918, le 369 e régiment d’infanterie de New York est alors affecté auprès d’une armée française saignée à blanc, beaucoup moins regardante sur la couleur de peau des troupes.

Troquant leurs pelles et leurs instruments de musique pour les mitrailleuses, le casque et la besace des poilus français, les Harlem Hellfighters combattent au coude à coude dans les tranchées pendant près de 6 mois d’affilée, sous le commandement de la 16 eme division puis de la 161eme division française.

Au cours de l’été et de l’automne 1918, le régiment afro-américain participe à la contre-offensive des Alliés, durant la Seconde bataille de la Marne. Il subit de lourdes pertes mais remporte des avancées décisives à travers les lignes ennemies, comme la reprise du village de Séchault dans les Ardennes,  – où un monument leur est consacré -, avant d’être la première unité alliée à franchir le Rhin après l’armistice.

Le 13 décembre 1918, les Harlem Hellfighters sont le premier régiment américain honoré de la Croix de guerre par la France, ainsi que de la légion d’honneur pour 171 de ses soldats. En dépit de sa bravoure, de ses sacrifices, et de la popularité de son orchestre, le régiment le plus médaillé des « hommes de bronze » ne fut pas autorisé par les autorités américaines à participer au défilé de la Victoire sur les Champs Elysées.

A leur retour en février 1919, les Harlem Hellfighters seront cependant acclamés par des milliers de New Yorkais sur la 5eme Avenue, lors d’une parade qui deviendra un des nombreux marqueurs du mouvement pour les droits civils aux Etats-Unis. La ségrégation dans l’armée américaine sera officiellement abolie en 1948.

Une exposition de photos rendant hommage au bataillon des Harlem Hellfighters était présentée au consulat de France de New York dans le cadre du Black History Month. video

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Blogue-trotteuse de langue française basée à New-York, son blogue Excuse my French croque le 'rêve américain' - et quelques autres choses - avec de vrais morceaux de tranches de vie, un peu de mauvaise foi et quelques parti-pris !

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